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Voici le «Guide des grades des monnaies du Canada» édité par l'Association des numismates et des philatélistes de Boucherville inc. Auteur : André Langlois


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Textes publiés dans le Bulletin de liaison de l'association concernant la collection de la monnaie et la numismatique
1999-02-01
Les faux d'époque

Marc Pelletier

Il y a vingt-cinq ans, lors de ma "cueillette" de pièces de monnaie au Maroc, les faux d'époque m'apparaissaient comme de simples curiosités. Depuis quelques temps, j'ai pu constater que leur valeur marchande en numismatique s'apparente à la valeur des vraies pièces.

Faux d’époque en laiton, Atelier de Fez 1289H (1872). Poids 3.0 grammes. Nombre répertorié: 2

Toutefois, ce n'est que tout récemment que j'ai découvert jusqu'à quel point ces petites pièces témoignent, par leur existence même, des caractéristiques de l'époque où elles sont apparues (1).

Pour faciliter la compréhension de tous les lecteurs, je crois qu'il est utile de préciser que les faux d'époque, le terme le dit implicitement, ont été produits à la même époque (la même année) que les vrais pièces, mais avec un métal plus commun, quoique bien "maquillé". Elles étaient utilisées tout comme les vraies par la population pour payer les achats et les services.
Reproduction en “métal de théière” (alliage) d’un Mithqal frappé à Rabat en 1188 H. (1774). Imitation produite vers 1960-70. Poids 17.9 grammes. Poids original du mithqal : 29.3 grammes|

D'autre part, les fausses pièces sont plutôt des reproductions, produites parfois plusieurs centaines d'années après les vraies pièces, et destinées uniquement à tromper les collectionneurs. Ces pièces n'ont donc pas circulé sur le marché comme ce fut le cas pour les vraies pièces et les faux d'époque, ce qui fait qu'elles n'ont ni valeur, ni grand intérêt.
Comment peut-on expliquer l'apparition sur le marché de faux d'époque et leur production limitée à quelques années seulement ? L'histoire des faux d'époque apparus au Maroc entre 1866 et 1874 (1283 et 1291 H.) apporte une réponse crédible à cet effet. Suivez-en le déroulement, car il peut s'appliquer à quelques nuances près, à d'autres périodes (ex : 1902 et 1903 au Maroc) et sans doute à d'autres pays.

En 1859 (1276 H.) l'Espagne entre en guerre contre le Maroc : les Espagnols envahissent alors le nord du pays et s'emparent de la ville de Télouan, située à proximité de la Méditerranée. Le traité de paix, qui suivit quelques mois plus tard, stipulait que le Maroc devait rembourser à l'Espagne, en échange de son retrait, l'équivalent de vingt-cinq millions de dollars. Ceci entraîna la ruine du pays et il fallut vingt-cinq ans au Maroc pour rembourser sa dette en totalité.

Mais alors, qu'est-ce qui a bien pu se passer pour "déclencher" la production de faux d'époque en 1866 (1283 H.), soit sept ans après la fin de la guerre contre l'Espagne ? Une énumération des faits vécus au Maroc sur une courte période, nous le fait comprendre clairement :

1. En 1859 (1276 H.) le Maroc est ruiné suite à sa dette de guerre, on vient de le voir.

2. En 1866 (1283 H.) le sultan Si Muhammad IV procède à une réforme monétaire : le poids du Dirham, se situant à 1.95 grammes avant la réforme, fut porté à 2.93 grammes. Pour être en parité avec le 50 centimes ou "centimos", le poids du Dirham aurait dû être fixé plutôt à 2.5 grammes. Il s'ensuivit une désaffection pour le Dirham qui fut thésaurisé ou exporté pour la fonte. Les monnaies françaises et espagnoles jouèrent alors un rôle de substitution dans tout le pays.

3. En 1866 (1283 H.) soit la même année, le Maroc fut envahi, non par les Espagnols cette fois-ci, mais par les criquets qui dévorèrent toutes les récoltes.

4. En 1867 (1284H.) le pays vécut une année de disette comme on n'en avait jamais vu : les gens "vendaient" leur mobilier et leurs bijoux pour survivre et le prix des denrées de base fur multiplié par dix en quelques mois seulement.

5. En 1868 (1285 H.) le choléra et le typhus vinrent s'ajouter à la liste des désastres : en quelque sorte, une situation comparable aux "dix plaies d'Égypte".

On vit alors apparaître et ce, dès 1866 (1283 H.) des faux dirhams ou faux d'époque. Ces pièces en laiton furent produites en EUROPE ! , à Tanger (Maroc) et en Algérie (pays voisin) ; d'autres pièces en cuivre furent mises en circulation dans la région de Sous (sud du Maroc). Pour leur donner l'apparence des dirhams en circulation, toutes les pièces de laiton ou de cuivre étaient saucées dans l'argent.

Donc, guerre, ruine, pauvreté, dévaluation de la monnaie et désastres, accompagnés d'une forme bien réelle de "débrouillardise" collective ont entraîné la production de faux d'époque au Maroc, de 1866 à 1874. J'espère que ce récit, décrivant le lien direct entre l'Histoire et les faux d'époque a su susciter votre intérêt.

Je termine par le propos que le président-fondateur du C.N.A., feu M. Sheldon S. Carrol tenait lors de sa conférence, au banquet annuel de l'association en 1974 : "Plus on lit sur un sujet, plus il devient fascinant".

L'information contenue dans le présent article provient en majeure partie du "Corpus des monnaies alawites" de Daniel Eustache (Banque du Maroc) 1984.
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